DEPECHE

Plainte à Paris pour « complicité de crimes contre l’humanité » contre des militaires français

Le 17 février 2005, publié sur ufctogo.com

Six plaintes contre des militaires français au Rwanda

Hier, six survivants rwandais du génocide, qui en 1994 avait fait au moins 800 000 morts parmi les Tutsis et les Hutus modérés, ont déposé plainte à Paris contre X pour « complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité » contre des militaires français. Les avocats des plaignants, Mes Antoine Comte et William Bourdon, ont saisi le tribunal aux armées de Paris, seul compétent pour enquêter sur des crimes imputés aux troupes françaises engagées à l’étranger. « Mais les suspects ne sont pas désignés nommément, explique Me Comte. C’est au juge qu’il reviendra de déterminer le spectre des responsabilités qui peut être très large. »

Les accusations des victimes, cinq hommes et une femme qui vivent tous au Rwanda, concernent pour l’essentiel le comportement des soldats français lors de l’opération « Turquoise ». Menée entre juin et août 1994 sous mandat de l’ONU, cette intervention armée avait pour objectif affiché de créer une « Zone humanitaire sûre » (ZHS) dans l’ouest du Rwanda afin de mettre un terme au massacre. Dès sa mise en place, « Turquoise » avait soulevé bien des interrogations. Journalistes, experts et ONG soupçonnaient la France de tenter en fait de porter secours, sous couvert humanitaire, au régime prohutu de Kigali alors en pleine débâcle. Les six survivants vont nettement plus loin. Pour eux, les troupes françaises ont directement offert leur appui aux miliciens extrémistes. Il y a eu « des actes positifs d’encouragement au génocide et les actes de participation active, c’est-à-dire la mise à disposition de moyens en connaissance de cause », affirme Me William Bourdon.

Trois des plaignants assurent ainsi que des militaires français auraient aidé les miliciens « Interahamwe », principaux auteurs du génocide, à entrer dans le camp de réfugiés de Murambi, situé dans la ZHS. Une fois sur place, détaille l’un d’eux, les miliciens choisissaient des personnes que les Français menaient ensuite dans un hélicoptère. « D’après ce qu’il a appris, les personnes ainsi traitées étaient jetées de l’hélicoptère dans une forêt proche », ont déclaré les avocats.

Les autres plaintes portent sur l’épisode trouble de la colline de Bisesero, à la fin juin 1994. L’armée française est accusée d’avoir incité près de 8 000 Tutsis à sortir de leurs caches avant que des miliciens hutus ne surviennent et n’assassinent la plupart d’entre eux. Aux récits des victimes sont joints les témoignages d’un ex-milicien « Interahamwe » et de deux anciens militaires hutus, tout trois aujourd’hui emprisonnés au Rwanda.

Hier, le ministère français de la Défense n’a pas réagi. « Chacun a le droit de porter plainte », indiquait simplement un fonctionnaire français avant de rappeler que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), « qui enquête depuis plus de dix ans précisément sur le génocide » n’a « jamais impliqué de militaire français ».

Tanguy Berthemet - Le Figaro

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