DEPECHE

Paris a outrepassé son mandat en Côte d’Ivoire, affirme la FIDH

Le 30 novembre 2004, publié sur ufctogo.com

PARIS (Reuters) - La FIDH a condamné mardi l’ensemble des actions "contraires au rétablissement de la paix" commises par les protagonistes du conflit ivoirien, dont l’intervention française du 9 novembre à Abidjan.

Dans un communiqué, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme reproche en particulier à Paris de "n’avoir cessé de minimiser l’ampleur de la tragédie" autour de l’hôtel Ivoire.

"Les forces françaises ont tiré à balles réelles par hélicoptère et au sol sur les manifestants (...) Ces tirs auraient fait, selon une série de sources concordantes, une soixantaine de morts et plus d’un millier de blessés", affirme-t-elle.

"Ces actions militaires ont outrepassé largement le mandat confié par les Nations unies", ajoute-t-elle.

La FIDH demande également aux autorités françaises de faire "toute la lumière sur les raisons pour lesquelles ses forces d’intervention ont détruit l’ensemble des moyens militaires d’un pays souverain avec lequel elle n’est pas en guerre".

L’organisation dénonce à la fois le refus des Forces nouvelles de désarmer, les attaques de l’armée ivoirienne contre les principales agglomérations du Nord, celle de l’aviation gouvernementale à Bouaké, qui a provoqué la mort de neuf soldats français, et les manifestations xénophobes des "Jeunes Patriotes".

Mais les nombreux griefs adressés aux autorités françaises sont de nature à conforter les accusations portées par les partisans du président ivoirien Laurent Gbagbo, qui menacent de porter plainte contre la France devant la Cour internationale de justice (CIJ) à La Haye.

Lundi, Désiré Trago, porte-parole du président ivoirien, avait affirmé que Laurent Gbagbo n’avait porté "à ce jour" aucune plainte contre Paris ni mandaté personne pour le faire.

Il soulignait néanmoins que "les faits commis par l’armée française, les circonstances de la commission de ces faits, de même que l’état actuel de la législation tant nationale qu’internationale justifient des plaintes de l’Etat ivoirien".

Une délégation de la présidence ivoirienne avait auparavant annoncé à Bruxelles le prochain dépôt d’une plainte, notamment pour la destruction de l’aviation ivoirienne en représailles au bombardement de la force Licorne à Bouaké et les "massacres" autour de l’hôtel Ivoire.

Selon une source ivoirienne, Laurent Gbagbo, qui voulait utiliser cette menace de plainte pour faire pression sur Paris, aurait finalement décidé de calmer le jeu.

Pour la FIDH, "toutes les victimes des violences en Côte d’Ivoire ont droit à la justice".

Elle appelle donc le Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale (CPI) sur l’ensemble des crimes perpétrés en Côte d’Ivoire.

Elle demande également à toutes les parties ivoiriennes de respecter strictement l’embargo sur les ventes d’armes décidé par le Conseil de sécurité le 15 novembre, de protéger les populations civiles et de condamner les exactions commises par leurs forces.

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