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Le fils d’Eyadéma aux rênes de l’Etat, Lomé ignore les pressions internationales

Le 6 février 2005, publié sur ufctogo.com

LOME (AFP) - 06/02/2005 20h37 - Les députés togolais ont cherché dimanche à légaliser la désignation à la tête du pays par l’armée du fils du président décédé Gnassingbé Eyadéma, révisant à la hâte la Constitution et l’élisant à la tête de l’Assemblée, en dépit de la multiplication des pressions internationales.

L’Union africaine (UA) avait dénoncé par avance comme un "coup d’Etat" l’installation de Faure Gnassingbé, 39 ans, et la communauté internationale a multiplié les appels au respect de la "légalité constitutionnelle", prévoyant l’intérim du président de l’Assemblée nationale et des élections dans les 60 jours.

Vingt-quatre heures à peine après l’annonce officielle du décès du président Eyadéma, 69 ans, les députés togolais, dans leur écrasante majorité (61 sur 81) membres du parti du président défunt, ont donc voté des modifications pour adapter la Constitution à la décision de l’armée.

Ils ont ainsi modifié, à main levée et à l’unanimité des 67 présents, l’article 65 de la Constitution prévoyant qu’"en cas de vacance de la présidence de la république par décès (...), la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l’Assemblée nationale" et l’organisation d’une élection présidentielle "dans les soixante jours".

La modification supprime le mot "provisoirement", ne fait plus mention d’organisation d’un scrutin présidentiel mais stipule que "le nouveau président de la République exerce ses fonctions jusqu’au terme du mandat de son prédécesseur", soit juin 2008.

Pour faire bonne mesure, les députés ont modifié l’article interdisant de réviser la Constitution pendant une période d’intérim et aménagé la loi électorale pour permettre le retour de Faure Gnassingbé à son siège de député... préalable à son élection à la présidence de l’Assemblée.

Ils ont enfin voté la destitution du président de l’Assemblée, Fambaré Natchaba Ouattara, empêché de rentrer au Togo par la fermeture des frontières décidée par l’armée et qui se trouve actuellement au Bénin.

La décision de l’armée avait été immmédiatement dénoncée samedi comme un "coup d’Etat" par l’UA et a suscité au fil des heures de nombreuses réactions négatives.

Le président en exercice de l’organisme panafricain, le chef de l’Etat nigérian Olusegun Obasanjo, a réaffirmé dimanche que l’UA "n’acceptera aucun transfert anticonstitutionnel du pouvoir au Togo".

Dimanche, Paris a souligné que "la transition doit être assurée, conformément aux dispositions de la Constitution, et dans le strict respect de la légalité, par le président de l’Assemblée nationale".

Le président Jacques Chirac a eu de son côté des entretiens téléphoniques avec plusieurs dirigeants africains. "La France est évidemment totalement solidaire de la condamnation par l’UA de toute forme de coup de force" au Togo, selon la présidence française.

Le ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie a déclaré pour sa part que Paris avait mis par précaution en alerte ses troupes présentes dans la région du Togo et que "le temps des coups d’Etat militaires en Afrique est terminé".

La France dispose de troupes prépositionnées notamment au Gabon, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Quelque 2.500 Français vivent au Togo.

Au nom de l’UE — qui était en train de négocier avec Lomé la reprise de son aide, suspendue depuis 1992 en raison de violences politiques — le Commissaire européen au Développement et à l’action humanitaire, le belge Louis Michel, a également appelé dimanche les responsables togolais au "respect strict des procédures prévues par la Constitution".

"Toute autre démarche ne pourrait qu’hypothéquer la stabilité du pays, le dialogue politique interne ainsi que les perspectives d’amélioration des relations avec l’UE", a-t-il estimé.

Ces bouleversements n’ont suscité aucune réaction populaire à Lomé, où la situation était parfaitement calme depuis samedi soir. Aucun déploiement militaire anormal n’était signalé dans les rues de la capitale.

Les autorités togolaises ont décrété deux mois de "deuil national" pour le préident Eyadéma, arrivé au pouvoir en 1967 par un coup d’Etat et qui a depuis régné sans partage sur ce petit pays d’Afrique de l’ouest, qui compte moins de 5 millions d’habitants. Il était le doyen des chefs d’Etat africains en exercice.

AFP

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