DEPECHE

La communauté africaine sanctionne le Togo

Le 20 février 2005, publié sur ufctogo.com

La CEDEAO, soutenue par Washington, a imposé samedi des sanctions au Togo après le maintien au pouvoir du président investi Faure Gnassingbé, malgré sa promesse d’organiser une élection présidentielle, alors que l’opposition a massivement défilé à Lomé contre le "coup d’Etat" à la tête du pays.

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO, 15 pays), après plusieurs avertissements, a annoncé samedi la suspension du Togo, le rappel des ambassadeurs à Lomé et une interdiction de voyager pour les dirigeants togolais.

Washington a aussitôt apporté son soutien à la CEDEAO, soulignant ne pas "considérer comme légitime la désignation de M. Gnassingbé comme président investi" et l’appellant "à démissionner immédiatement".

La CEDEAO exigeait le retour à l’ordre constitutionnel qui prévalait avant le décès du président Gnassingbé Eyadéma, le 5 février, après 38 ans d’un règne sans partage et décrié par les défenseurs des droits de l’Homme à la tête du pays.

Dès ce décès, Faure Gnassingbé, un de ses fils, a été désigné par l’armée pour lui succéder et a été investi le 7 février, après que son accession au pouvoir eut été avalisée par les députés grâce à une modification express de la Constitution.

La Constitution togolaise prévoyait, en cas de décès du chef de l’Etat, un intérim du président de l’Assemblée nationale et l’organisation d’une élection présidentielle dans les 60 jours.

Vendredi soir, M. Gnassingbé a annoncé son intention d’organiser un tel scrutin dans le délai prévu, mais a précisé qu’il entendait rester à la tête de l’Etat pendant l’intérim.

Avant cette annonce, il s’était rendu jeudi à Abuja pour essayer de convaincre le président nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’Union africaine (UA) et principale puissance régionale, un des plus fermes et des plus virulents critiques du "coup d’Etat" togolais.

M. Obasanjo "tout en disant comprendre la situation" avait "fermement conseillé" à Faure Gnassingbé "de revenir dans le cadre de la Constitution".

Le président de la Commission de l’UA Alpha Oumar Konaré a lui aussi stigmatisé samedi la décision de Faure Gnassingbé "de se maintenir au pouvoir", demandant à nouveau "le retour à la légalité constitutionnelle".

Le président sud-africain Thabo Mbeki, qui avait dénoncé "une mascarade anticonstitutionnelle", a pour sa part accueilli "favorablement" l’annonce de l’organisation d’une élection présidentielle.

Après l’annonce de Faure Gnassingbé, une nouvelle délégation togolaise, conduite par le Premier ministre Koffi Sama, avait refait samedi le voyage d’Abuja pour tenter de justifier la décision.

"Ils sont de nouveau venus pour répéter au président (Obasanjo) ce qu’ils avaient décidé de faire au Togo, des décisions qui sont en contradiction avec ce que les autorités de la CEDEAO leur ont demandé de faire. Le président Obasanjo leur a dit que c’était inacceptable", avait déclaré la porte-parole du président nigérian.

L’opposition togolaise, profitant de la levée de l’interdiction des manifestations décidée vendredi par les autorités, a réclamé massivement le départ du président investi en faisant défiler samedi dans Lomé plus de 25.000 personnes, lors de la plus importante manifestation organisée depuis le décès du président Eyadéma.

Elle a annoncé qu’elle organiserait une nouvelle marche mercredi, puis tous les samedi, jusqu’au départ de M. Gnassingbé.

Aucun incident particulier n’a été signalé sur le parcours des manifestants dans la capitale où un important mais discret dispositif policier et militaire avait été déployé.

Lors du rassemblement du 12 février, trois personnes avaient été tuées, selon un bilan officiel, quatre selon l’opposition.

Plusieurs milliers de personnes, 12.000 selon la police, se sont aussi rassemblées samedi à la résidence présidentielle à Lomé pour apporter leur soutien à Faure Gnassingbé et présenter leurs condoléances pour le décès de son père.

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