DEPECHE

L’inquiétante descente aux enfers des journalistes en Afrique

Le 7 novembre 2003, publié sur ufctogo.com

LIBREVILLE, 7 nov (AFP) - 07/11/2003 16h10 - Assassinat, arrestations, expulsions, lois liberticides : les journalistes exerçant en Afrique sont confrontés à une répression grandissante, y compris récemment dans des pays habituellement loués pour leur attachement aux libertés comme le Sénégal et le Mali.

Le président de l’Union internationale de la presse francophone (UIPF), Hervé Bourges, s’est alarmé vendredi à Libreville de la dégradation des conditions d’exercice des journalistes en Afrique lors de à la clôture des 35ème assises de la presse francophone.

"Il faut impérativement qu’un coup d’arrêt très ferme soit donné à cette dérive, à la dégradation des conditions d’exercice de notre mission quotidienne", a souligné le président de l’UIPF.

M. Bourges a été fortement applaudi par les 160 délégués du monde entier réunis dans la capitale gabonaise lorsqu’il a réclamé "la libération immédiate" du correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) en Guinée Equatoriale et de tous les journalistes africains en détention.

L’année 2003, endeuillée par le meurtre du correspondant de Radio France internationale (RFI) en Côte d’Ivoire, Jean Hélène, abattu le 21 octobre d’une balle dans la tête par un policier à Abidjan, restera comme une année noire pour la presse africaine.

Hors blessures mortelles infligées en reportage dans des zones de guerre, c’est la première fois qu’un journaliste est tué "es-qualité" en Afrique depuis l’assassinat, en novembre 2000, du Mozambicain Carlos Cardoso et, en 1998, du Burkinabè Norbert Zongo.

La mort de Jean Hélène est intervenue dans un climat politique très tendu en Côte d’Ivoire, qui traverse depuis septembre 2002 la plus grave crise politique de son histoire.

Mais visiblement loin d’avoir constitué un électrochoc sur le continent, ce décès brutal a été suivie d’une cascade d’atteintes et d’arrestations.

Le 23 octobre, la correspondante de RFI au Sénégal, Sophie Malibeaux, a été expulsée du pays pour son traitement jugé "tendancieux" de la rébellion en Casamance.

Au Mali, trois journalistes de la radio privée Sido, Chérif Haïdara, Mamoutou Traoré et Gata Bâ, ont été arrêtés fin octobre pour la diffusion d’un reportage dans lequel une association villageoise critiquait une décision de justice à leur encontre en faveur d’une banque locale.

Jeudi au Niger, le directeur de publication de l’hebdomadaire privé Le Républicain, Mamane Abou, également propriétaire d’une imprimerie qui tire plusieurs journaux indépendants, a été arrêté pour "recel de documents confidentiels" qu’il s’apprêtait à publier pour dénoncer des affaires de corruption.

Le correspondant de l’AFP en Guinée Equatoriale, Rodrigo Angue Nguema, arrêté lundi par la police de Malabo, était toujours détenu vendredi alors que son délai légal de garde à vue a expiré jeudi après-midi. Il était interrogé sur une rumeur de coup d’Etat déjoué dont il avait fait état dans une dépêche la semaine dernière.

"Il ne se passe plus de semaine sans qu’un journaliste soit, ici expulsé, là écarté de son media, ailleurs menacé", a déploré vendredi Hervé Bourges.

Le président de l’UIPF a estimé que l’exemple des journalistes maliens emprisonnés était "le plus navrant, car il se produit dans un pays où la démocratie fonctionne, où la liberté d’expression est assurée".

Plusieurs pays ont récemment fortement durci leur législation en matière de presse : le Togo en septembre 2002, le Zimbabwe en mars 2002, le Maroc en mai 2003, où deux journalistes ont été condamnés le 3 novembre à 18 mois et deux ans de prison.

Au Zimbabwe, les journalistes étrangers ne sont plus autorisés à travailler de manière permanente. La législation oblige désormais tous les journalistes à être accrédités par une commission dont les membres sont désignés par le gouvernement. Le seul quotidien privé du pays, The Daily News, le plus lu avec 900.000 lecteurs, a été fermé et déclaré illégal le 12 septembre pour avoir jugé cette loi anticonstitutionnelle.

AFP

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