DEPECHE

L’étrange histoire des soldats togolais qui auraient fomenté un putsch contre Eyadéma

Le 22 juillet 2004, publié sur ufctogo.com

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a mis au jour l’étrange histoire de onze anciens militaires togolais réfugiés au Bénin, mais emprisonnés à Cotonou depuis janvier 2004, pour avoir fomenté un coup d’Etat contre le président Gnassingbé Eyadéma.
Un journaliste de l’AFP a rencontré mercredi matin ces hommes détenus au commissariat central de Cotonou. Ils ont reconnu sans difficultés qu’ils "voulaient tenter de renverser Eyadéma".

"Ces onze personnes ont toutes obtenu par le Bénin le statut de réfugié. Militaires dans l’armée régulière togolaise, ils ont fui leur pays après avoir refusé d’exécuter des ordres de torture et d’exécutions extra-judiciaires sur leurs concitoyens", précise le rapport de 32 pages consacré à la corruption de la justice et à la torture au Bénin, réalisé entre le 16 et le 23 février 2004.

Malgré la publication d’un communiqué le 25 février 2004 par la Ligue de défense des droits de l’Homme au Bénin, cette affaire n’avait pas jusqu’alors été rapportée par les médias internationaux.

Pour le moment aucune réaction togolaise n’est disponible.
A Cotonou, l’affaire semble déranger et suscite des interrogations. Les officiers de police béninois n’ont pas autorisé le journaliste de l’AFP à poser plus de questions aux détenus.

"Selon le gouvernement, ils ont été mis en sécurité au commissariat, pour éviter des agressions physiques contre leur personne", a déclaré à l’AFP un responsable du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) à Cotonou qui a souhaité garder l’anonymat.

"Ce sont tous des soldats de première classe ou des caporaux, réfugiés au Bénin depuis une dizaine d’années. Nous allons régulièrement les voir, il n’y a aucune entrave à leur visite", a-t-il ajouté précisant qu’ils sont "bien traités depuis leur interpellation le 12 janvier 2004 parce qu’ils utilisaient le Bénin comme base arrière pour destabiliser le Togo".

"Ce que l’on regrette c’est qu’ils n’ont pas eu droit aux dispositions nécessaires de protection pour les personnes accusées d’être sur le point de commettre des crimes", a souligné le HCR.

Cependant la FIDH affirme que les prisonniers "ont été battus à de nombreuses reprises pour la plupart d’entre eux dans les locaux de la Brigade anti-criminelle", où ils étaient détenus avant leur transfert.

Le directeur de cabinet du ministre de la Sécurité, Michel Magnidé, a déclaré à l’AFP que "les militaires togolais au nombre de onze, ont été arrêtés par la police béninoise et n’ont jamais subi de sévices corporels. Réfugiés, ils sont depuis trois ans sous la protection du HCR".

"De source officielle, aucune information judiciaire n’a été ouverte à leur encontre aux dates de la mission", précise de son côté la FIDH qui fait également le récit des pérégrinations des onze Togolais.

Après leur arrestation, les prévenus ont été conduits au service de renseignement et enquêtes pour vérification d’identité.

"Leurs domiciles respectifs sont fouillés, leurs proches sont interrogés et intimidés. Le 11 janvier 2004 au soir, ils sont transférés dans les locaux de la Brigade anti-criminelle. Ils sont enfermés dans une cellule de quatre mètres sur trois (NDLR : ce que confirme le HCR). Aucun repas ne leur est servi. Ce sont les membres de leur famille qui leur apportent de quoi s’alimenter", indique l’ONG.

Menacés d’être renvoyés au Togo, les onze hommes affirment qu’ils vont "se donner la mort". Ils subissent de nouveaux interrogatoires, précise la FIDH qui ajoute que "le procureur de la République de Cotonou a, quant à lui, indiqué aux chargés de mission qu’il n’était pas informé de cette affaire, dont la presse s’est pourtant largement fait l’écho".

"Inquiète d’une possible extradition des onze réfugiés vers le Togo, la FIDH a officiellement saisi les autorités béninoises afin qu’elles renoncent à une telle mesure", annonce l’ONG.

Le général Gnassingbé Eyadéma, doyen des chefs d’Etat africains, a été réélu en juin 2003 alors que son principal opposant, Gilchrist Olympio, le fils de Sylvanus Olympio, premier président du Togo indépendant assassiné en 1963 pendant le coup d’Etat de M. Eyadéma, avait été empêché de se présenter en raison d’une modification du code électoral en 2002.

AFP

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