DEPECHE

Gnassingbé Eyadéma : 36 ans de pouvoir "droit dans ses bottes"

Le 1er mai 2003, publié sur ufctogo.com

Pour ses partisans, il est un rempart absolu de stabilité face à des "opposants irresponsables". Pour ses adversaires les plus virulents c’est un "dinosaure" d’une Afrique des régimes autoritaires. Le président togolais Gnassingbé Eyadéma s’apprête à briguer un nouveau mandat alors qu’il a "bouclé" en janvier dernier sa 36ème année au pouvoir.

Doyen des chefs d’Etat africains en exercice, l’homme aux éternelles lunettes noires devait théoriquement passer la main en 2003, mais un remaniement constitutionnel fin décembre lui a ouvert la possibilité de signer un troisième bail de cinq ans le 1er juin, alors qu’auparavant la limite était de deux mandats.

De toute façon, comme il le déclarait récemment, il n’a pas "l’intention de laisser s’installer la chienlit", un terme cher au général de Gaulle, dont il garde la nostalgie.

Face aux critiques internes et étrangères sur la bonne gouvernance, les droits de l’homme et la pratique démocratique, Gnassingbé Eyadéma reste "droit dans ses bottes" : "Notre pays est victime d’une injustice née d’un amalgame d’allégations et de dénigrements orchestré par quelques Togolais appuyés par certains de nos partenaires au développement", lachait-il en janvier 2002, à la veille de son 35ème anniversaire à la tête du pays.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, il conduit depuis lors le pays avec le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT).

Gbassingbé Eyadéma est né le 26 décembre 1935 à Pya, un village du nord en pays Kabyé.

Issu d’une famille paysanne, ce champion de lutte traditionnelle s’engage dans l’armée française. Bénin, Indochine, Algérie, Niger. Le sergent-chef Eyadéma rentre au pays en 1962, deux ans après l’indépendance, et dès lors son histoire personnelle devient celle de cette ancienne colonie allemande. En témoigne la toponymie actuelle de Lomé, où de nombreuses avenues ou bâtiments ont été baptisés de noms ou de dates associés à des événements de sa vie.

En janvier 1963, il participe au renversement du premier président, Sylvanus Olympio, qui est tué et remplacé par Nicolas Grunitsky. Gilchrist, le fils de Sylvanus, est depuis lors son ennemi politique numéro un. Il est candidat à la présidentielle du 1er juin.

Nommé chef d’état-major le 1er novembre 1965, Gnassingbé Eyadéma prend le pouvoir le 13 janvier 1967 en dénonçant "l’incurie" du régime Grunitsky.

Le 15 avril suivant, il devient président de la République, chef du gouvernement et ministre de la Défense. Deux ans plus tard, il fonde et préside le Rassemblement du peuple togolais (RPT - ancien parti unique).

Gnassingbé Eyadéma n’a pas que des amis : il a été l’objet d’au moins sept complots ou tentatives d’attentats, dont deux menés à l’aide de mercenaires en 1977 et 1986. Il garde notamment comme une relique dans un coffret vitré un petit bloc-note où s’est fiché une balle qui lui était destinée.

Après la chute du mur de Berlin et le discours de La Baule du président français François Mitterrand sur la démocratisation et la bonne gouvernance en Afrique, Eyadéma accepte fin octobre 1990 un "multipartisme discipliné et contrôlé".

S’en suivront grèves et affrontements, puis une "conférence nationale" qui lui imposera un Premier ministre. Cette transition se terminera en décembre 1991 avec les chars dans les rues de Lomé. Le chef de l’Etat reprend alors toutes les rênes, servi en cela par une opposition divisée et inefficace, et est réélu en 1993 et 1998 lors de scrutins contestés par l’opposition.

En juillet 1999, le pouvoir et l’opposition signent des accords pour tenter de sortir le pays de dix ans de crise. Ces accords prévoyaient des législatives (reportées deux fois, elles ont finalement eu lieu fin 2002 et consacré sans surprise la suprématie du RPT) et à l’époque Gnassingbé Eyadéma avait décidé de ne pas se représenter en 2003 conformément à la constitution... ancienne formule.

A 67 ans, entouré par un premier cercle de fidèles et de parents, Gnassingbé Eyadéma a tranché : même si l’opposition estime qu’après 36 ans au pouvoir l’heure de la retraite a sonné, c’est lui et lui seul qui décidera quand le Togo pourra se passer de lui.

AFP

Dépêches suivantes

Dépêches précédentes

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
25 juin 2017
Lomé 26°C (à 00h)