DEPECHE

Crise ivoirienne : la France redoute une contagion du Cameroun

Le 11 novembre 2004, publié sur ufctogo.com

Alors la situation camerounaise préoccupe l’establishment à Paris et Washington, l’ambassadeur de France à Yaoundé tente de rassurer les milieux d’affaires franco-camerounais dans un contexte politico-économique difficile et très incertain.

C’est sans conteste le rôle des diplomates de toujours vendre l’optimisme, du moins publiquement, même lors que les indicateurs réels préfigurent tout le contraire. C’est sans doute à un tel exercice que le Haut représentant du gouvernement français au Cameroun s’est essayé mardi dernier. Présidant au consulat général de France à Douala une réception offerte par la section commerciale de la mission diplomatique qu’il dirige, Son Excellence Jean François Valette a demandé à l’assistance de ne pas s’inquiéter d’une éventuelle reproduction au Cameroun de ce qui se passe en Côte-d’ivoire. “ Ce qui arrive en Côte-d’Ivoire ne peut pas se transposer ici (au Cameroun, ndlr). Le Cameroun est un pays stable”, a déclaré en substance l’ambassadeur de France au Cameroun.

Une déclaration hors de propos ? Si l’on s’en tient uniquement à l’objet de la rencontre du consulat de France – une opération de marketing des autorités diplomatiques françaises, pour l’origine et la destination France, aux consommateurs et producteurs locaux, de plus en plus tentés, dans l’environnement globalisé actuel, de diversifier leurs partenaires et débouchés d’affaires, souvent au détriment des pôles traditionnellement français –, on pourrait répondre par l’affirmative. Erreur car, dans les rangs des opérateurs économiques camerounais, les inquiétudes d’avant-veille de la présidentielle ne se sont pas encore complètement estompées. Par exemple, dans les sièges hexagonaux des groupes français installés au Cameroun depuis des lustres (Cfao, Delmas, etc.), on cache de moins en moins son pessimisme, au regard du tassement de l’activité économique dans de nombreuses branches. Au point où des stratégies dites de “maîtrise des charges, dans un contexte très difficile” sont planifiées pour assurer la rentabilité du business. Ainsi, au groupe Cfao, une opération de dégraissage de personnel serait en cours depuis bientôt deux semaines. Selon une confidence parisienne c’est plus de 10% du personnel, soit quelque 150 employés des 900 employés du groupe, qui devraient ainsi, à terme, être “ libérés ”.

Quant au groupe Bolloré (Sdv, Socopao et Saga), très présent dans le secteur du transport maritime, d’ici décembre 2004, c’est quelque 200 personnes qui pourraient être mis à la porte, pour dit-on “ des raisons économiques ". Et pas seulement du fait de la baisse des bénéfices dans la principale branche d’activité de ce groupe (manutention des conteneurs qui représente plus de 50% du chiffre d’affaires annuel) depuis la réorganisation, à travers une nouvelle concession, de la gestion du terminal à conteneurs. On y voit surtout la conséquence d’un projet de fusion des différentes structures en un pôle unique. L’un n’explique-t-il pas l’autre ? Voire.

Parallèle camerouno-ivoirien

Quelles que soient les raisons véritables de ces mesures qui devraient sans doute d’abord toucher le personnel “ africain ”, qui, bien que majoritaire (90%) représente un très faible pourcentage des charges (-30%) en réalité camerounais, il y a une lame de fond qui justifie ces inquiétudes dues, en bonne partie, aux incertitudes politiques. En effet, dans les milieux d’affaires locaux, qu’ils soient camerounais d’origine ou français, beaucoup n’hésitent plus à faire un parallèle entre la situation camerounaise actuelle avec celle qui a prévalu en Côte-d’Ivoire vers la fin du long règne de Félix Houphouët-Boigny. L’on se cache à peine désormais, malgré la “dolce vita” sous les tropiques de ces Européens qui n’aimeraient en partir à aucun prix, pour rappeler, que la dure crise ivoirienne d’aujourd’hui a pour origine profonde réelle la mauvaise préparation de la sortie d’un système non démocratique et autoritaire soutenu par la France et les réseaux souterrains.

Au regard de l’héritage complexe laissé par Houphouët-Boigny et difficilement gérable dans un contexte d’ouverture démocratique où le peuple mobilisé veut dire son mot, nul ne peut prédire demain, avec, la sortie inéluctable de scène du président actuel du Cameroun, des luttes de succession n’ouvrent le champ à une longue période d’incertitudes. Le discours de M. Vallette tente ainsi de masquer une inquiétude à peine voilée des officiels français sur une situation potentiellement explosive, du moins sur le plan social, tel que le montre la réalité des chiffres.

Alex Gustave AZEBAZE - Le Messager (Cameroun)- Visiter le site

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